Comment on fait quand on est déficient visuel...·La perte de vue

L’amour et la déficience visuelle

en Mars 2018, j’ai été interviewée pour le magazine Lumen édité par l’UNADEV, Union Nationale des aveugles et déficients visuels.

LUMEN #10

DOSSIER

l’amour !

OSEZ

Tout le monde a droit à une vie affective et sexuelle. L’Europe l’a même inscrit dans une résolution qui date des années 90. Pour autant, cette vie affective pour les personnes souffrant de handicap fait à la fois l’objet de grandes avancées et de résistances. Esthétique à soigner, sensations à aiguiser pour compenser l’absence de la vue, avoir confiance en soi, en parler et aller à la rencontre de l’autre semblent être les méthodes, simples et efficaces, à appliquer, pour espérer rencontrer l’amour.

« Osez,  foncez ! »

Pour  la  blogueuse Élisabeth Lye, c’est la clé pour trouver l’amour. Un principe qu’elle a d’ailleurs appliqué, bien avant de devenir malvoyante profonde puis aveugle, avec celui qui est actuellement son mari. Futur mari qu’elle avait rencontré un samedi soir à une fête en Normandie et qui repartait le lendemain pour Paris. « Je voulais l’épingler et je lui ai fait un véritable rentre-dedans », s’amuse la blogueuse. « J’ai été plus qu’explicite, on a dansé toute la nuit et c’est moi qui ai demandé son numéro de  téléphone ! »

Yves Wansi est, lui aussi, bien en accord avec ce principe qu’il partage sur sa page Facebook et son blog « Séduction DV ». Pour lui, c’est une évidence, « la séduction n’est pas réservée à une catégorie de personnes » et « tous les DV peuvent séduire, homme ou femme, et trouver l’amour en appliquant des méthodes simples, efficaces et accessibles. » Celui qui a créé l’association « Vue (d’) Ensemble », désormais bien connue pour l’expédition organisée en Sibérie avec des déficients visuels, sourds, malentendants et personnes valides et qui a été immortalisée par un film documentaire, a aussi été à l’initiative des fashions DV, les premiers défilés de mode par et pour malvoyants et non-voyants qui mettent à l’honneur, entre autres, la canne comme accessoire de mode et outil de séduction. Canne que ce jeune homme, dont la vue s’est éteinte progressivement depuis l’âge de 10 ans, n’a pas cachée à celle qui est aujourd’hui sa femme et la mère de ses deux enfants, dès le premier rendez-vous.

Ne pas oublier que l’on est regardé

Le secret pour lui aussi, c’est d’oser. Un bon message à envoyer à quelques semaines de la journée internationale du bonheur, le 20 mars, qui célèbre, à l’initiative de l’Assemblée générale des Nations unies, le bonheur et le bien-être comme une aspiration universelle. Pour autant, comme le souligne la sexo-pédagogue suisse, Catherine Agthe Diserens, « arrêtons de parler pour les personnes handicapées de leur droit à la vie affective et sexuelle », «  discrimination choquante » dans une société de « l’autodétermination et de l’inclusion ». À ces personnes qui sont donc «  des femmes et des hommes comme les autres », apportons-leur plutôt des réponses et accompagnements qu’elles peuvent trouver sur le sujet pour faire face à d’éventuelles appréhensions ou rompre avec la solitude qui touche pas mal de déficients visuels.

Tout le monde s’accorde d’abord sur le fait qu’il faut soigner son apparence, apparence que l’on peut avoir tendance à négliger quand on perd la vue. « Or, il ne faut pas oublier que l’on est regardé », souligne le psychologue Serge Portalier. «  L’approche de l’esthétique est difficile, mais importante. Les déficients visuels doivent apprendre qu’ils doivent se raser, se maquiller, se vêtir avec goût ou encore ne pas se gratter le nez !  »«  On est femme avant d’être aveugle et on peut rester jolie, féminine », complète de son côté Élisabeth Lye, principes qui s’appliquent aussi évidemment aux hommes. C’est cet art de rester séduisante qu’elle cherche à transmettre au travers de son blog dédié aux déficients visuels, « les mains de Babeth ». Le plus important pour la blogueuse ? Valoriser ce qui est déjà un atout naturel. Pour elle, ce sont ses yeux verts, qu’elle aime maquiller. Pour d’autres « de belles fesses », donc « un pantalon qui va les mettre en valeur !  ». Mais attention, prévient la blogueuse, prendre soin de soi, ce n’est pas faire quelque chose qui ne vous ressemble pas.

C’est parce que l’on s’aime que l’on va pouvoir être aimé

Il ne faut pas non plus hésiter à demander conseil. Il existe des ateliers de socio-esthétique pour apprendre les soins du visage, l’épilation, à soigner son aspect vestimentaire, à se raser, se maquiller (lire Lumen n° 3 et 6)… Élisabeth fait de son côté son shopping avec sa fille. Il existe aussi des applications mobiles, majoritairement gratuites, qui peuvent donner, par exemple, des informations sur les couleurs, comme Kolorami. L’association parisienne « Un regard pour toi », qui s’est déployée à Lyon, Toulouse, Montpellier et Lille, met de son côté en relation des bénévoles avec des personnes déficientes visuelles pour les accompagner dans leur shopping. But de tout cela ? « Être bien, avoir confiance en soi, s’aimer avec ses défauts et ses qualités. C’est parce que l’on s’aime que l’on va pouvoir renvoyer une belle image et être aimé », poursuit Élisabeth Lye.

Ça, c’est pour séduire. Mais pour savoir si l’autre est séduisant quand on est du côté de celui qui ne voit pas ? Là, il faut savoir utiliser d’autres canaux : l’olfactif, la kinesthésie, le son de la voix… L’odorat arrive d’ailleurs souvent en tête de liste des sens susceptibles de produire, ou non, une alchimie. « Si je n’aime pas son parfum, je n’aimerai pas la personne », confie Élisabeth Lye. « Une arme redoutable !  », s’amuse de son côté Yves Wansi. Le parfum a d’ailleurs fait l’objet de beaucoup d’écrits ou de slogans qui le ramènent à son pouvoir de séduction et Coco Chanel conseillait d’ailleurs à toute femme de « porter le parfum partout où elle comptait être  embrassée ».

Les expressions « je me sens bien avec cette personne » ou « je ne peux pas le sentir » prennent à ce titre d’ailleurs, tout leur sens, comme le souligne Serge Portalier, pour qui, aussi, « les mots » sont importants. « Quand vous parlez, je me fais une représentation de ce que vous pourriez être. La voix, les mots véhiculent notre identité ». Et si ces sens donnent une image qui n’est « pas forcément la bonne », ils ont l’avantage, dans une société dominée par l’image, de se passer « du premier effet packaging » et « d’apprendre à connaître directement la personne », observe encore Élisabeth Lye. Et au-delà de l’usage de ces sens, c’est le même jeu de séduction valable pour n’importe qui : «  écouter, être drôle… ». Car l’humour est aussi une arme redoutable. Yves Wansi se rappelle ainsi d’une fille en fauteuil roulant qui disait « soyez rassurés les gars, quand vous sortez avec une fille en fauteuil roulant, elle ne va pas courir vers un autre homme ».

Sexualité : stop aux tabous !

Enfin, il ne faut pas avoir peur de parler de sexualité. Un travail de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) avait d’ailleurs mis en évidence, pour ce public qui cumule plus de difficultés pour gérer sa santé, l’importance de travailler plus particulièrement sur certains sujets, notamment la sexualité pour les questions de prises de risques et d’entrée dans la vie sexuelle. L’Inpes propose d’ailleurs une brochure pédagogique sur la sexualité destinée aux adolescents, « Questions d’ados », proposée dans différents formats, audio, gros caractères, braille et relief.

Mais il faut aussi travailler là-dessus au-delà de l’aspect préventif. Parce que, comme le rappelait Serge Portalier lors d’un colloque à Marseille en 2017, «  le développement de la sexualité humaine constitue l’un des éléments fondateurs de l’équilibre psychique et cognitif qui construit et étaye la vie de tout individu ». Par exemple avec les aveugles de naissance qui ne peuvent se représenter le sexe de l’autre, « même si certains arrivent à sublimer avec les explications qu’on leur donne », observe Catherine Agthe Diserens. Le toucher est le moyen de parvenir à connaître le corps de l’autre. En Suisse, on utilise par exemple des mannequins sexués sur lesquels enfants et ados peuvent découvrir ces anatomies en 3D.

Parmi les personnes qui peuvent avoir besoin d’accompagnement figurent aussi, souvent, les couples dont l’un des deux a perdu la vue après, une situation qui peut altérer l’équilibre sexuel. Parce que «  celui qui voit se retrouve face à une personne qui a davantage besoin d’aide et devient donc, de ce fait, moins l’objet de désir », analyse la thérapeute. Altération du désir qui peut toucher aussi celui qui ne voit plus, car « voir le corps de l’autre contribue à la montée du désir ». Réveiller ce dernier peut se faire par des entretiens de couple et individuels, psychologiques ou sexologiques.

Malgré tout, il reste encore à faire tomber des tabous. En France, les assistants sexuels sont interdits et aller consulter un sexologue peut être vécu comme «  honteux ». Il y a aussi un travail à mener du côté des familles qui ont tendance à surprotéger leur enfant, surtout lorsqu’il devient jeune adulte, par peur qu’il ne souffre.

«  100 % des gagnants ont tenté leur  chance »Mais « chaque situation est singulière » remarque Catherine Agthe Diserens. Pour autant, celle-ci plaide aussi pour « se jeter à l’eau : osez être, exister ! Même si vous avez peur de prendre des claques, plus vous engagerez la parole, plus vous sortirez, et donc plus vous serez dans la vie, plus vous pourrez faire des rencontres amicales et des rencontres amoureuses. » Dans les établissements où elle travaille, sont d’ailleurs organisés « les cafés du cœur ». Des rencontres sous forme de speed dating, avec « des accompagnants pour aider, par exemple, à se rapprocher de l’autre sans choquer ». Faire partie d’une association ou d’un club est une autre solution pour faire des rencontres.

Dans tous les cas, l’essentiel est d’« avoir l’esprit conquérant », résume Yves Wansi. Y compris en se débarrassant des codes de genre car « non, l’homme ne propose pas et la femme ne dispose pas !  », insiste Élisabeth Lye. « Il faut oser, foncer, draguer même si le handicap rajoute une difficulté », martèle la blogueuse, première adepte du slogan « 100 % des gagnants ont tenté leur chance ».

retrouvez le magazine complet en caractères agrandis ici

 

 

A bientôt pour un nouveau papotage !

Et toujours mes conseils maquillage pour déficientes visuelles sur YouTube

Retrouvez-moi sur ma page FaceBook Les Mains de Babeth.

 

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